mardi 11 septembre 2012

Les commémorations... pour perpétuer la souffrance !

Je me rappelle exactement ce que je faisais, il y a 11 ans, quand le monde a cessé de tourner. J'étais secrétaire à l'école primaire Ste-Lucie. Au hasard d'un corridor, quelqu'un m'a lancé : « As-tu entendu la nouvelle? » Non, je n'avais pas entendu la nouvelle. Quelle nouvelle? « Deux avions sont entrés dans le World Trade Center de New York. Paraitrait que c'est un attentat! » Pas de radio, ni télé à l'école, j'avais hâte que l'heure du lunch arrive pour aller aux informations, en savoir plus, savoir de quoi il en tenait.

Et j'ai vu... et j'ai su... durant des jours et des jours, rivée à mon téléviseur, hypnotisée, la manette à la main, sur toutes les chaînes, tant francophones qu'anglophones, qu'américaines. J'ai scruté les images, la peur, l'incompréhension, l'horreur. J'étais là. Toujours. Chaque minute passée à la maison, l'était devant la télé, à tenter de comprendre, de savoir pourquoi, comment on pouvait en arriver là. J'ai pleuré, des milliers de fois en imaginant les victimes, devant la peur qui devait tenailler chaque parcelle de leur corps. J'ai haï, détesté, toutes ces races, inconnues, sans coeur, qui pouvaient venir ici, dans mon Amérique du Nord, faire du mal à mes voisins.

J'ai souhaité « qu'on » se venge, qu'on leur fasse payer, qu'on assassine en retour... oeil pour oeil, dent pour dent, à la vie à la mort. J'ai remercié le ciel de vivre au nord de cette Amérique du Nord où rien ni personne ne pouvait venir troubler ma petite vie tranquille, me faire peur, me toucher dans mon confort et dans ma quiétude.

Puis j'ai entendu les témoignages, j'ai détesté le fait que je comprenais aussi l'anglais, parce que les mots, les témoignages, les histoires d'horreur, je les ai écoutés, ad nauseum! J'ai vu les images, en couleur, en noir et blanc, en action, en format géant, presqu'en direct... Était-ce bien un corps que l'on voyait flotter sur cette photo? Les yeux... c'est ce qui m'a le plus marqué. Voir les yeux des survivants!

J'en ai eu pour des semaines, des mois à vivre au rythme du « Nine eleven 2001 ».

Puis, la tension est tombée, la vie a continué, je suis passée à autre chose... jusqu'au « Nine eleven 2002 ». La commémoration! Et les images sont revenues me hanter, meubler mon imaginaire, reprendre vie dans ma tête, en même temps que toutes les cérémonies qui étaient présentées.

Puis en 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010... et le 10e anniversaire, en 2011. Par chance, plus les années avancent, moins l'intensité des émotions - du moins les miennes - était forte. On oublie un peu... et c'est bien ainsi. Aujourd'hui même, c'est le « Nine eleven 2012 ».  Onze ans que le monde a cessé de tourner, l'espace d'une journée atroce qui marquera à jamais l'imaginaire populaire. 

Et j'ai compris que ce sont les commémorations qui alimentent ces émotions vives qui nous habitent. Ça produit un grand effet sur une fille qui habite à 1200 kilomètres de New York, je n'ose pas imaginer ce que cette date doit avoir comme effet sur les New-Yorkais et surtout sur les familles des victimes.

Est-il nécessaire d'éterniser les commémorations? Quand je vois ce qui se fait avec la Deuxième Guerre mondiale... elle est terminée depuis près de 70 ans et on la souligne encore chaque année. Oui, je sais, ce sont des événements marquants, déchirants, mais à les répéter ainsi chaque année, ces commémorations n'entretiennent-elles pas la douleur et la misère vécues par les victimes? Ne font-elles pas perpétuer des sentiments négatifs, tristes et incompréhensibles?

Selon moi, on n’a pas à commémorer les événements tragiques de la vie. À eux seuls, ils sont tellement mémorables et puissants, qu'ils s'incrustent dans les mémoires pour s'y nicher éternellement. Nul n'est besoin de les souligner, les célébrer, d'en faire un événement annuel.

Bonne fête, Mia
Je sais de quoi je parle, depuis que je suis née, le jour de mon anniversaire, on célèbre l'Armistice... le 11 novembre de chaque année, on commémore la fin de la Première Guerre mondiale!

Cette année, plutôt que de penser aux événements du « Nine eleven », je vais penser à une toute petite bonne femme, qui aujourd'hui célèbre son 2e anniversaire de naissance. Bonne fête, ma belle Mia xx

À la prochaine...

 

8 commentaires:

  1. Tiens, j'ai envie de t'obstiner un peu, ce matin. Tu permets ? ;)
    Les commémorations... c'est plutôt pour dépasser la souffrance. Pour la digérer, l'assimiler, l'apprivoiser. On ne pourra jamais oublier, aussi bien essayer de guérir le traumatisme, quel qu'il soit (il est différent d'une personne à l'autre). Or ce n'est pas avec le silence qu'on va y arriver.
    Ne pas en parler, ne pas souligner, ne pas se souvenir des victimes, ce serait une grave erreur sur le chemin de l'apaisement.
    Ceci dit, tout est question de dosage. Faut pas non plus collectivement tomber dans l'extrême et finir par s'autoriser un passeport pour le spectacle-souffrance. Ça serait juste super cheap. Et totalement inutile.
    C'était mon éditorial du jour. LOLL

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  2. Je ne rangerais pas l'Armistice dans le même bain que les commémorations de 9/11. On célèbre la fin de la Deuxième Guerre dans une certaine ambiance de "jamais plus".
    Tandis que 9/11 est encore teinté de "c'est ça qui arrive quand on ne fait pas la guerre aux terroristes, c'est pour ça qu'on a créé le Homeland Security, continuez à avoir peur et à appuyer l'armée!".
    Pas la même chose. Je porte un coquelicot pour l'Armistice. Mais avant que je souligne 9/11, ça va être devenu obligatoire. Et encore!

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  3. Je me questionnais dans le même sens que toi aujourd'hui, Lucille. Et bonne fête à la petite Mia, qui doit partager la vedette avec toutes ces victimes! Si ça aide au processus de deuil, tant mieux, mais j'ai tendance à penser qu'il y un effet pervers d'entretenir la peur et la soif de vengeance dans ces célébrations.
    Ce matin-là il y a 11 ans, quelqu'un m'en a parlé à mon entrée dans l'édifice ou je travaillais (premier avion). Dans l’ascenseur j'ai croisé mon patron et lui en ai parlé, il m'a répondu "It's a hoax, I'm sure". Il a vite déchanté une heure plus tard. Une collègue est allée chercher un poste de télé chez elle et nous avons écouté les nouvelles en direct durant des heures, sur la job! Après un temps je n'en pouvais plus de regarder.

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  4. @ Sylvie - Je te reconnais bien, là, chère amie ! Je suis consciente qu'il faille expulser la souffrance! Toutefois, je trouve que l'on devient voyeur avec ce genre de commémorations. Les victimes et leurs familles deviennent des "animaux de cirque"... parce qu'elles sont "over-exposées" et servies à toutes les sauces. C'est cela que je déplore. Cette façon de faire qui nous donne bonne conscience parce qu'on dépose une couronne de fleur sur un monument fictif et qu'ensuite on aille faire la guerre pour panser nos blessures. Je crois (et ce n'est que mon humble avis), qu'il faut aussi dire un moment donné... okay, je passe à autre chose ! En tout cas, moi c'est ce que je voudrais faire. Merci de ton commentaire, Bella 1

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  5. @ Gen - Voilà.. oeil pour oeil ! Et on aura l'impression de se sentir mieux par la suite. Je ne crois pas. Je te concède l'Armistice, c'est une bonne cause (et ça se passe la journée de ma fête, alors, c'est aussi une bonne date LOL ). Moi aussi, je porte le coquelicot pour les mêmes raisons.

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  6. @ Hélène - Le reste de cette journée là, j'ai été obnubilée par les images. Je me sentais dans un labyrinthe, incapable de me sortir de là, impossible pour moi de quitter la télé. J'étais envoutée. Et à l'époque, les réseaux sociaux et Internet avaient pas mal moins de place dans al vie des gens qu'aujourd'hui, C'aurait été terrible. On aurait eu des témoignages en direct, j'en suis certaine. Je ne veux plus jamais revivre cela. Jamais.

    Merci pour les bons voeus pour la petite Mia. Son sourire et ses beaux yeux font en sorte qu'il y a espoir en l'humanité ;)

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  7. Je me suis aussi posé la question en voyant encore cette année la commémoration de cette tragédie. Je pense que je suis surtout dérangée par les images que cela me rapelle. J'étais seule chez moi mon fils était aux études à Sherbrooke. Je me sentais tellement seule.Je me souviens qu'une amie m'a téléphonné en grosse panique.Elle m'avait dit avoir peur qu'ils mettent des bombes dans tous les métros du monde.Je n'ai pas écouté la télévision cette année en ce jour de commémoration car je savais qu'ils représenteraient pour la milìème fois les vidéos de la tragédie. J'ai simplement eu une pensée pour ces gens. C'est la même chose pour l'Armistice j'ai deux oncles motrs à la guerre et quand je passe devant la peirre tombale qui a été mise dans un parc en l'honneur des disparus je pense à eux.Je ne fais pas de fuite mais je travaille toujours à vivre l'instant présent dans ma vie ce qui n'est pas toujours facile. Merci pour ce billet.

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  8. @ Étoile - C'est exactement ce que j'ai ressenti. Pas oublié... mais passer à autre chose!

    Merci de votre commentaire et de votre visite sur mon blogue. Au plaisir !

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